On constate que les sonneurs actuels sont des créateurs. Ils ont retrouvé la virtuosité des anciens. Ils sont également des musiciens au fait de leur art, que ce soit sur des instruments en gamme tempérée (majeur ou mineur moderne) ou en gamme ancienne. On peut rajouter que, parallèlement, il est nécessaire d'acquérir des bases culturelles solides.
Le renouveau se manifeste par une élévation constante du niveau technique que l'on peut constater à travers les nombreux concours organisés annuellement, devenus de grands rendez-vous de musique bretonne. Ces recherches de progrès techniques ont fait craindre la perte des repères traditionnels du jeu du terroir. Mais il est heureux de constater qu'un grand nombre de sonneurs en couple ( Le Noan - Michel en autres... ) ont veillé constamment à associer avancées techniques et maintien des connaissances de nos racines.
... Ifig Castel - Sonneur et Chanteur ...
Alain Michel est né à St-Brieuc, à la fin des années 50. Dès l'âge de 15 ans, il s'intéresse au répertoire chanté du Pays Gallo. Il s'entoure de deux copains chanteurs et le trio commence à chanter dans toute la région du Penthièvre... A l'époque, les déplacements étaient fait en mobylette... Dans le même temps, un voisin, ancien de la Kevrenn de Rennes, l'initie à la cornemuse écossaise.
Puis, au cours de ses pérégrinations, Alain entend au cours d'un fest-noz dans le Pays Plinn, un couple de sonneurs de biniou et de bombarde. Ce sera la révélation pour cet apprenti musicien, il sait maintenant que c'est du biniou-kozh qu'il veut jouer. Dès lors, avec ses premières économies il va s'acheter son instrument de prédilection chez Jean Capitaine à Bourbriac. Il va sans tarder se lancer dans l'apprentissage et à travailler énormément sur cet instrument. Il va rencontrer dans le bouillon culturel des années 70 son premier compère, Jean-Henri Le Guilcher, avec qui il fera ses "premières armes" dans les festoù-noz.
Puis, en 1978, alors qu'il travaille à Montfort sur Meu, il rencontre par le plus grand des hasards le père de Jakez Philouze qui le mettra en relation avec son fils, et également Michel Keranguyader. Au contact, et sous l'aile de ces deux grands maîtres-sonneurs, il va réellement apprendre et approfondir les bases essentielles du biniou et de la musique de couple.
Lors d'un cours passage dans le Trégor, Alain va croiser la route du sonneur et chanteur Ifig Castel, qui finalisera son enseignement de sonneur. En apprenant avec les plus grands, à l'écoute attentive de ses aînés, Alain s'inscrit dans une démarche traditionnelle, car tout s'apprend par la transmission orale. Il s'enrichira de l'entreprise, de la créativité de ce nouveau compère qui a déjà effectué un grand travail de collectage dans les années 70. Il met au service d'Alain son savoir et sa fougue. Ils sonneront ensemble pendant trois années passionnantes.
Vers la fin de l'année 1981, Alain sera remarqué par un autre sonneur : Jean-Pierre Le Cornoux, alias "Beauvélo". Ils feront ensemble un gros travail de recherche sur la musicalité, la sonorité, ainsi que la création de nouveaux airs Plinn, que ce soit en marche, en mélodie ou en danse. Ce nouveau complice, inventif et talentueux, l'accompagnera pendant deux années fécondes, au cours desquelles ils "écumeront" bon nombre de festoù-noz, de noces, mais également de plusieurs concours dans lesquels, à de nombreuses reprises, ils obtiendront les places d'honneur. "Beauvélo" parti vers d'autres couleurs musicales, d'autres rencontres.
Alain sera contacté pour jouer dans une noce, en début 1983, par celui qui sera sans doute son dernier et véritable compère : Daniel Le Noan. Un lien solide, indéfectible vient de se créer. Il dure maintenant depuis 27 ans !
C’est à la Chapelle Neuve, près de Callac que naît Daniel Le Noan en 1954. De sa prime jeunesse, il garde le souvenir de ces noces rurales qui animent son petit bourg. Cérémonial ou rituel, tout se doit d’être en place en ces grands jours de fête car la noce est aussi un spectacle auquel s’invite le peuple, le petit Daniel y compris. Le binioù bras et la bombarde qui sont les marqueurs des mariages l’attirent et en décembre 1966 il rend visite à l’un de ces sonneurs, Gérard Guénégou. Le but de cette visite est de parfaire l’apprentissage d’une mélodie que Daniel avait commencé à jouer à la flûte. Au-delà des espérances de l’adolescent, c’est un apprentissage de sonneur de bombarde qui lui est proposé ! Et ainsi s’enchaîneront les premières noces du jeune sonneur en compagnie de son professeur et de Jean Thomas. Quelques années plus tard, Gérard Guénégou met Daniel en contact avec un jeune sonneur de binioù bras, Philippe Petitpain. Le nouveau couple de sonneurs ainsi formé se met à l’ouvrage pour animer à son tour des noces, des festoù-noz et les prestations du cercle celtique de Callac dont l’un des dirigeants n’est autre que Robert Le Bastard, chanteur et sonneur réputé.
Malgré leur jeune âge, les deux compères parviennent rapidement à une identité sonore particulière dont l’énergie est recherchée par les amateurs. Pour preuve, leur agenda de 1974 qui ne comptera pas moins de 119 prestations, dont 36 mariages ! Leur répertoire est puisé dans leurs terroirs originels : Plinn, Fañch et Fisel. En ces années où on ne déplace pas comme de nos jours, c’est un peu comme une règle tacite de ne jouer que du répertoire du pays où l’on se trouve. Mais nos deux jeunes compères transgressent la règle, ce qui ne plaît pas à tout le monde. Daniel raconte l’anecdote : "Un soir, nous jouons une dañs plinn à Poullaouen, haut lieu de la gavotte des montagnes. Pendant notre prestation, des mains mal intentionnées sont venues débrancher nos micros ! Il s’agissait de sonneurs locaux, jaloux de ne pas avoir été conviés au fest-noz, et furieux que l’on impose la dañs plinn à un public de "gavotteurs".
En 1979, les chemins se séparent. Daniel se sent plus attiré par la sonorité du binioù-kozh et prend pour compère un jeune mais expérimenté adepte de cet instrument, Patrick Le Corre. Leur couple durera trois riches années.
C’est l’époque où Daniel s’installe près de Guingamp. Il répondra à l’appel que lui fait le bagad de la ville pour une nouvelle expérience dans un registre complètement différent et qui durera trois ans. Après la liberté et la fantaisie du jeu en couple, place à une certaine forme de rigueur.
Enfin, en 1982 il s’établit à Plougonver, où il réside toujours. Une courte pause musicale ne viendra pas à bout d’une passion aussi profondément enracinée. Il rencontre Alain Michel, sonneur de binioù-kozh avec qui il entamera une carrière de musicien de noces et de festoù-noz.
Alain croise un jour la route de Daniel, et c'est le début d'une grande histoire musicale entre deux passionnés de musique bretonne. Où auraient-ils pu se rencontrer ailleurs qu'en fest-noz ? Alain et Daniel, amis depuis maintenant plus de 30 ans, demeurant à Plougonver, sonnent ensemble dans les noces et les festoù-noz.
Ils feront ensemble leurs toutes "premières armes" dans une noce à Pont-Melvez, près de Bourbriac. Ayant tous les deux une grande pratique dans la musique sonnée en couple, ils vont mettre en commun leurs expériences respectives. Ils optent dès le départ pour un biniou et une bombarde en La Bémol, en buis. La puissance mêlée à la chaleur et la sonorité lumineuse de ces instruments captivent les assemblées où ils se produisent. A eux deux, ils vont travailler énormément sur la dualité anches/lutherie. Ce travail en commun sur la réalisation de l’anche de biniou adéquate a permis d’obtenir des instruments d’une plus grande justesse, bien entendu, mais surtout beaucoup plus stables ; permettant ainsi de passer tout en sonnant dans des endroits totalement différents, du plein air à une église, une salle des fêtes vide qui va rapidement surchauffer etc… Les instruments supportant mal les écarts de température et d’hygrométrie.
Nos deux compères possédaient chacun leur propre répertoire, qui ont naturellement fusionné, ils ont aussi puisé dans le travail de collectage fait par des particuliers de leur région et également par "Dastum" ce qui leur a permis de compléter et d’enrichir un répertoire commun. Dès lors, ils vont surtout répertorier, étudier, les terroirs fañch-Plinn et du Pays de la Gavotte de Calanhel à travers les airs de marches, de mélodies et de danses ; étoffant ainsi un répertoire qui leur sera nécessaire pour les très nombreuses noces, festoù-noz et fêtes diverses qu'ils animeront surtout dans le Centre Bretagne, mais bien sûr au-delà de ses "frontières"...
A leur tour, ils sont demandés pour animer des stages de terroirs et cela à l'initiative de particuliers, d'associations culturelles mais aussi des bagadoù nombreux en Bretagne. Leur domaine de compétences, sont le répertoire Fañch-Plinn et la Gavotte du Centre-Bretagne, la technique instrumentale, l'entretien et l'accord des instruments, la pratique de la musique de couple, l'écoute et le travail des styles et des répertoires ( marche, mélodie, danse).
Les amateurs de musique traditionnelle bretonne connaissent bien notre couple de sonneurs. Au fil des années, au fil des concours et des festoù-noz, ils se sont plutôt tournés vers l'animation des mariages. C'est dans cette ambiance, entre autre, que les deux amis se sentent le mieux.
Pour comprendre leurs choix musicaux , les liens émotionnels qu’ils mettent en avant, il suffit de lire la préface de leur c.d "An Eured" :
A un peuple qui chante, sonne et danse…
"C’est un choix, tout simplement humain, que celui de vouloir témoigner et transmettre notre approche de la musique traditionnelle sonnée.
Par nos instruments d’une portée à la fois magique et symbolique, nous avons voulu rendre un hommage approprié et joyeux à un héritage populaire en continuel mouvement. Toujours hors du temps, la noce en Centre Bretagne se décline par des séquences sobres, solennelles et festives. Le couple de sonneurs pose ainsi des passerelles entre les moments clés d’une journée particulière, il instaure alors une relation d’échange intense avec cette assemblée. Nous avons décidé d’organisé cette noce, ou les comportements et les chants y ont trouvé leurs repères, en mettant hors-jeu tout calcul musical et tout artifice pour que la musique traverse avec fougue et passion ces moments toujours privilégiés. Il y a aussi notre préférence de l’enregistrement en direct avec ses surprises, ses nuances et ses imperfections car il dévoile les liens charnels et réciproques de la musique et d’un milieu rural, populaire. Nous voulions également montrer que la musique sonnée n’est pas sans sujet et que, par sa force et sa richesse à travers le temps, elle a su apparaître dans sa spécificité comme un souffle épique se projetant dans l’avenir."
Daniel Le Noan et Alain Michel
Réalisé en Janvier 2009 par Jean-Pierre Le Guyader (Animateur en langue Bretonne à Radio Kreiz Breizh)
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Idées principales :
- Nos premières notes de musiques
- Nos premières visions du mariage traditionnel en Centre-Bretagne
- La noce sonnée en Centre-Bretagne (évolution, collectage...)
Réalisée en Juin 2008 lors des 15 ans de Moal - Chaplain
Commentaires effectués par : Jean Baron, Gildas Moal et Julien Cornic
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